Assurance emprunteur, le marché se durcit
Résumé de l’article :
- 3 ans après l'adoption de la loi Lemoine, son impact est difficile à évaluer en raison de la crise du marché immobilier.
- Les contrats individuels d'assurance emprunteur gagnent du terrain sur les contrats de groupe proposés par les banques.
- Les banques montrent une certaine résistance face aux emprunteurs souhaitant choisir leur assureur, malgré des tarifs souvent plus avantageux chez les assureurs alternatifs
23/04/2025 - L'ARGUS DE L'ASSURANCE
Trois ans après l’adoption de la loi Lemoine, il est difficile d’en faire le bilan tant sa mise en œuvre a été percutée par la crise du marché immobilier : du fait de la hausse des taux d’intérêt, le nombre de transactions est passé de près de 1,2 million en 2021 à 780 000 en 2024. Le marché est ainsi revenu dix ans en arrière, au niveau de 2015 : «C’est brutal, admet Emmanuel Maillet, directeur général délégué d’April. Mais les années 2019 à 2022, avec plus de 1 million de transactions par an, étaient exceptionnelles. On peut donc considérer que nous sommes entrain de revenir à un niveau plus normal. » «Après deux années difficiles, l’immobilier semble redémarrer», se réjouit Nadèje Fonrojet Aroumougom, directrice stratégie, marketing et communication d’Alptis Prévoyance et Santé.
« La reprise amorcée fin 2024 se confirme, ajoute Christophe Vanhuyse, directeur du développement Assurance emprunteur de Swiss Life. Cela aura forcément un impact positif sur notre activité. » Et cela permettra d’avoir une vision plus précise des conséquences de la loi Lemoine qui, dans le droit-fil des lois Lagarde (2011) et Hamon (2014), puis de l’amendement Bourquin (2018), a poursuivi l’ouverture du marché à la concurrence en instaurant notamment la possibilité de résilier son contrat groupe et de changer d’assureur à tout moment.
Les contrats individuels gagnent du terrain
« Il est encore difficile de distinguer l’impact de la loi et celui de la baisse des taux », observe Fabrice Bagne, directeur général adjoint de BNP Paribas Cardif, responsable France. Le groupe est présent sur les deux marchés avec des contrats groupes distribués par la banque commerciale (741 M€ de cotisations en 2023) et des contrats individuels commercialisés en direct sur le site de Cardif et via son réseau de partenaires (153 M€). « Les contrats groupes restent majoritaires en stock, commente Fabrice Bagne. Mais en termes de flux, le volume d’activité se répartit à parité entre les deux. » On peut donc en déduire que les contrats individuels gagnent du terrain.
Les banques font de la résistance
C’est ce qu’a observé, dès 2023, le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) dans son rapport d’évaluation de la loi Lemoine : «À l’octroi du crédit, la part de marché des contrats groupe reste supérieure à 77 %. Mais compte tenu des politiques tarifaires plus favorables des acteurs alternatifs, le marché de la substitution connaît un fort développement.» Autrement dit, les assureurs alternatifs captent 23 % du marché à la souscription du prêt immobilier. Mais s’ils ne parviennent pas à s’imposer à cette étape, ils peuvent revenir un peu plus tard… Les banques ont beau s’en défendre, elles font encore preuve d’une certaine mauvaise volonté face aux emprunteurs désireux de choisir leur assureur : «On voit toujours les mêmes manœuvres consistant à multiplier les allers-retours administratifs pour allonger les délais, regrette Emmanuel Maillet. Ils visent à décourager le client ou, pour les profils de leur choix, à avoir le temps de présenter une contre-proposition.»
BANCASSUREURS OU ALTERNATIFS, QUI EST LE PLUS CHER ?
- Dans 32 % des cas, le tarif de la banque est inférieur aux tarifs des assureurs alternatifs
- Dans 36 % des cas, l’écart est inférieur à 2 000 € à l’avantage des alternatifs sur toute la durée du prêt (soit 8,50 € d’économie par mois sur vingt ans)
- Dans 32 % des cas, l’écart tarifaire est supérieur à 2 000 € à l’avantage des alternatifs sur toute la durée du prêt (dont 2 % supérieurs à 7 000 €)
SOURCE : CCSF