ADE : le secteur réagit à l’initiative du Crédit Mutuel
10/11/2021 – L'argus de l'assurance
C’est une décision qui ne passe pas inaperçue dans le secteur de l’assurance. Le Crédit Mutuel a annoncé sa volonté de ne plus systématiquement recourir au questionnaire de santé pour l’obtention d’une assurance emprunteur. Une mesure qui fait échos aux récents amendements déposés à l’Assemblée nationale par des députés de tous bords visant à créer des contrats d’assurance inclusifs.
C’est une annonce qui a fait grand bruit. Le 9 novembre, Crédit Mutuel faisait part de son intention de supprimer le questionnaire médical en matière d’assurance emprunteur. Conséquence directe de cette décision : plus aucune surprime ou exclusion liée à l’état de santé ne s’appliquera aux clients du bancassureur. Une prise de position forte en faveur de l’égalité dans l’accès à la propriété. Même si la mesure n’est pas générale – seuls les clients fidèles du groupe répondant à certaines conditions peuvent en bénéficier –, la brèche qu’elle ouvre dans le processus traditionnel de sélection médicale interroge. Tous les regards se tournent vers les poids lourds du marché de l’assurance emprunteur, pour savoir si la décision de Crédit Mutuel pourrait faire école.
CNP Assurances, numéro 1 du marché selon le dernier classement établi par L’Argus, a été le premier à réagir. « Cette initiative ouvre un nouveau champ d’élargissement de l‘assurabilité. Très engagée à repousser les limites de l’assurance, CNP Assurances salue cette initiative, positive et intéressante. »
De son côté, BNP Paribas Cardif n’a pas directement commenté la position du Crédit Mutuel mais a tenu à rappeler son engagement en faveur de l’assurance inclusive, précisant « travailler à rendre plus accessible la propriété depuis de nombreuses années ». Pour preuve, le groupe avance avoir « simplifié les formalités médicales » et avoir œuvré pour l’accessibilité à l’assurance emprunteur « des populations fragilisées » comme celles « confrontées à la maladie de Parkinson ou au diabète gestationnel » par exemple.
Une position en partie partagée par Société Générale Assurances qui rappelle « le processus engagé depuis plusieurs années pour alléger les formalités médicales sur son assurance des emprunteurs ». Le groupe ajoute avoir pris des mesures – relèvement des seuils au-delà desquels des formalités médicales sont exigées, exclusion des calculs de ces seuils des prêts relais jusqu’à 500 000 euros, etc. – pour proposer à une grande partie de ses clients une assurance directement et immédiatement en agence. Le bancassureur affirme vouloir poursuivre ses efforts. « Des études pour aller plus loin dans cette direction sont en cours », conclut-il.
La réaction est toute autre du côté de Securimut, spécialiste de la distribution et la gestion d’assurance emprunteur. « Pour moi, cette mesure est un coup de com’, explique Isabelle Delange, sa présidente. Il ne s’agit pas d’une suppression du questionnaire de santé : cette suppression est réservée aux clients fidèles, c’est-à-dire à ceux dont la banque connaît déjà tout. » D’une certaine manière, le Crédit Mutuel instaure une « autre forme de discrimination que celle qui existe aujourd’hui et qui est encadrée. C’est inquiétant », poursuit Isabelle Delange. Surtout, pour elle, cette annonce ne doit pas occulter « le vrai sujet qui est celui du droit de changer d’assurance de tous les emprunteurs pour optimiser leur contrat », poursuit-elle. Le droit de résiliation pour tous et à tout moment pour optimiser son contrat, voilà le vrai débat. » Le sujet sera d’ailleurs débattu le 25 novembre prochain à l’Assemblée nationale.
Invité à se prononcer, Crédit Agricole Assurances (CAA) estime qu’il faut voir « dans cette annonce du Crédit Mutuel la tentative de la part d’un banquier assureur mutualiste de corriger d’une certaine façon la démutualisation des risques ». Mais cette initiative ne sera « pas suffisante ». Pour CAA, le principal enjeu en matière d’assurance de prêt est bien celui de « la démutualisation des risques et de l’écart excessif de tarification des assureurs sur le risque emprunteur qui va de 1 à 30 chez le même assureur ». Pour combattre cette situation, le groupe se dit favorable à « une réduction légale drastique de ces écarts », ce qui permettrait in fine aux « clients de se tourner vers l’assureur de leur choix, contrairement à aujourd’hui ou seuls les bons risques bénéficient de la concurrence ».