Des banques entrouvrent leur porte à de nouveaux clients
13/09/2023 - Les Echos
C’est un retour sur la pointe des pieds, sans tambour ni trompette. Deux grandes banques françaises, Société Générale et La Banque Postale vont commencer à rouvrir – progressivement et avec modération – le robinet du crédit immobilier auprès de nouveaux prospects.
Dès septembre, ces deux établissements entendent s’adresser à un spectre plus large d’emprunteurs, après avoir donné la priorité à leurs clients pendant plusieurs mois. D’autres poids lourds bancaires estiment cependant que le point d’équilibre économique est encore loin d’être atteint sur le crédit immobilier qui reste encore trop coûteux. Ainsi, BNP Paribas n’a pour l’instant, pas l’intention de relancer l’offensive commerciale sur cette activité, et continuera de servir en priorité sa clientèle patrimoniale.
La violente remontée des taux d’intérêt a entraîné une forte augmentation du coût de la ressource pour les établissements de crédit – qui empruntent eux aussi sur les marchés. De nombreuses banques avaient freiné des quatre fers sur l’octroi de prêts à l’habitat, voire fermé quasi totalement les vannes aux dires des courtiers.
Des conditions réunies pour développer l’activité
« Au terme d’une séquence de plusieurs mois marquée par le relèvement progressif du taux d’usure, les conditions sont en effet désormais réunies pour développer progressivement l’activité du crédit à l’habitat », indique Frédéric Figer, directeur de la clientèle des particuliers du réseau SG (nouveau nom né de la fusion avec Crédit du Nord) en France.
« De ce fait, en septembre, nous maintenons nos grilles inchangées par rapport à celles du mois d’août en faveur de nos clients, ou de nos prospects », poursuit-il. Derrière ce discours où chaque mot est pesé, il faut bien comprendre que la banque va étudier à nouveau les dossiers de prêts de clients avec lesquels elle n’était, jusque-là, pas en relation.
De son côté, la Banque Postale a poursuivi une politique commerciale agressive qui s’est révélée très coûteuse dans le crédit immobilier en dépit de la remontée rapide des taux. « Nous avons toujours accompagné nos clients, et avons continué à prêter, en maintenant aussi une part de la production pour les jeunes emprunteurs. Sur les prospects nous avons pratiqué des taux au-dessus du marché », confie Yoanne Bobe, responsable de l’offre crédits de la filiale bancaire du groupe La Poste. L’établissement veut à présent cibler l’ensemble des emprunteurs. « Cette nouvelle politique s’applique depuis le 12 septembre, et devrait permettre de rouvrir le crédit auprès des prospects », ajoute Yoanne Bobe.
Le banquier se veut prudent étant donné le contexte incertain mais il estime que les conditions sont plus favorables qu’il y a quelques mois. « On commence à voir le bout du tunnel. Nos coûts de refinancement ont commencé à se stabiliser, et affichent seulement une très légère hausse après avoir connu une croissance exponentielle. Nous avons traversé une période très compliquée. On revient à une situation un peu plus normale », plaide-t-il.
« Certaines grandes banques gagnent à nouveau de l’argent sur l’octroi de prêt immobilier mais d’autres continuent d’en perdre », analyse Pierre Chapon, cofondateur du courtier Pretto. Quoiqu’il leur en coûte, « elles ne peuvent pas se permettre de rester éloignées du marché trop longtemps, et doivent relancer leur activité de banque de détail. Elles ont pu lever le pied pendant une période car elles ont l’avantage d’être diversifiées. Toutefois le crédit immobilier reste principal moyen de gagner des clients », rappelle Pierre Chapon.
Le courtier estime par ailleurs que le retour de banques sur le marché va accroître la concurrence, et pourrait contribuer à freiner la hausse des taux. Partant du même constat, Cécile Roquelaure, directrice des études chez Empruntis espère que ce regain de compétitivité va permettre de maintenir les taux moyens en dessous des 5 % pour une majorité des crédits.
Les emprunteurs seront-ils au rendez-vous ?
Si les banques peuvent retrouver le goût de prêter, reste à savoir si les ménages auront envie d’emprunter. « Quelques banques reviennent mais est-ce que les emprunteurs seront au rendez-vous ? », s’interroge Ludovic Huzieux, cofondateur du groupe Artémis courtage. La situation va rester compliquée pour les primo-accédants ne disposant que d’un faible apport car ils risquent de se retrouver encore bloqués par le critère du taux d’endettement maximum à 35 %.