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Veille marché

La BCE baisse une nouvelle fois ces taux

Résumé de l’article :

1212/12/2024 - Les Echos

Le suspense était un peu retombé ces derniers jours. La Banque centrale européenne (BCE) a finalement choisi, lors de sa dernière réunion de politique monétaire de l’année, de baisser ses taux directeurs d’un quart de point, ce jeudi. Le taux de dépôt s’établit désormais à 3 %, son plus bas niveau depuis mars 2023. Celui de la facilité de refinancement a été fixé à 3,15 %, et celui de la facilité de prêt marginal à 3,4 %.

Les marchés avaient fini par se résoudre à cette issue, alors que le débat avait été assez animé depuis la réunion du Conseil des gouverneurs du mois d’octobre sur l’ampleur à donner à sa prochaine baisse de taux. Plusieurs grandes voix de la BCE – dont celle du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau – avaient appelé à se montrer ouvert à un potentiel assouplissement d’un demi-point (ou 50 points de base). « Il y a eu des discussions autour de propositions d’une baisse de 50 points de base, mais finalement, tout le monde s’est rallié à une baisse de 25 points de base », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, lors de sa traditionnelle conférence de presse.

Pas encore de victoire

Malgré les vents contraires soufflant sur une croissance européenne qui, de l’aveu même de la présidente, montre des signes de ralentissement au quatrième trimestre, le Conseil des gouverneurs ne s’est pas résolu à frapper plus fort. « La victoire contre l’inflation n’est pas encore obtenue, ce n’est pas encore mission accomplie », s’est justifiée Christine Lagarde, même si la hausse des prix à la consommation « est sur la bonne trajectoire ».

Derrière cette réticence, une inflation dans les services, notamment, qui fait de la résistance. A 3,9 %, elle reste trop élevée pour que la BCE puisse « en toute confiance » accélérer son assouplissement monétaire.

Est-ce un excès de prudence de la part de la BCE ? « Nous avons quand même déjà accompli une grande partie du chemin », s’est défendue Christine Lagarde. Ce quatrième desserrement de l’étau monétaire depuis juin a porté à un point la baisse du taux de dépôt, ce qui est significatif. Et surtout, la BCE ne compte pas s’arrêter là, « car la politique monétaire reste restrictive ». Ce qui n’est plus du goût de la Banque centrale. Elle n’estime en effet plus nécessaire de ralentir l’économie pour contrer l’inflation. Ce « biais restrictif » a ainsi disparu de son communiqué de presse.

Autrement dit, elle se prépare à rester neutre, voire à abaisser ses taux à un niveau qui permettrait de soutenir l’économie en zone euro. D’ores et déjà, le débat est vif sur le point d’atterrissage du taux de dépôt. Interrogée sur ce niveau de taux neutre, Christine Lagarde a indiqué qu’il se situait probablement « entre 1,75 % et 2,5 % ». Mais elle a refusé de se prononcer sur la rapidité à laquelle la BCE souhaite l’atteindre, répétant que la BCE prendrait ses décisions « en fonction des données, réunion par réunion, et sans s’engager pour la suite ».

Risque politique

Les projections des économistes de la BCE, mises à jour pour l’occasion, ont aussi contribué à adoucir le ton de la Banque centrale. L’inflation devrait atteindre sa cible de 2 % plus tôt en 2025 qu’initialement anticipé. Et les prévisions de croissance ont été revues à la baisse. Mais peut-être pas assez.

Elles ne prennent pas encore en compte les dégâts que pourrait provoquer une guerre commerciale avec les Etats-Unis. Ni les difficultés que risque de créer l’instabilité politique « dans certains Etats membres » comme les a désignés, sans les nommer, Christine Lagarde, parmi lesquels on peut ranger la France et l’Allemagne. L’absence de budget, ou de trajectoire politique stable, constitue pour ces pays et pour la zone euro « une incertitude auto-infligée », a regretté la Française.