Toute l’actu du réseau en 5 min

Veille marché

La hausse des taux contraint des banques à se passer des courtiers

13/06/2022 - les Echos

Les marges des banques sont devenues trop étroites entre les taux qui grimpent en flèche et le taux d’usure défini par la Banque de France qui ne suit pas. Elles préfèrent donc économiser sur la commission des courtiers.

Après avoir alerté depuis des mois sur les problèmes liés à la faiblesse des taux d’usure établis par la Banque de France, les courtiers en font désormais les frais. Plusieurs grands groupes bancaires ont décidé tout simplement de se passer de leurs services. C’est le cas de Société Générale qui aurait, depuis le début du mois et de façon temporaire, suspendu sa coopération avec les courtiers pour se concentrer sur son seul réseau d’agences. C’est le cas aussi le cas de plusieurs caisses régionales de Crédit Agricole.

Cette décision radicale est la conséquence de la remontée rapide des taux dans le crédit immobilier, passés de 1,10 % en décembre à une fourchette comprise entre 1,25 % et 1,30 % en mai, selon la Banque de France (et même 1,38 % selon Crédit Logement). Une augmentation spectaculaire, alors même que la Banque centrale européenne n’a pas encore relevé son taux directeur.

Cela coïncide avec la baisse récente du taux d’usure. Celui-ci est passé au 1er avril de 2,41 % à 2,40 % pour les crédits de 20 ans et plus (en incluant l’assurance-emprunteurs et les frais de dossier). Un nouveau taux sera appliqué en juillet.

Bien conscient du problème, le gouvernement avait récemment ouvert la voie à une révision du calcul du taux d’usure mais sans détails précis. Les grandes banques auraient-elles décidé d’accélérer le processus de décision de l’exécutif ? Et ce, au moment même où la possibilité de changer d’assurance-emprunteur à tout moment (depuis le 1er juin pour les nouveaux contrats) risque de rogner les confortables marges que générait leur position dominante en la matière.

Cet effet de ciseau rend plus compliquée la négociation des prêts pour les ménages. Les courtiers ont récemment alerté sur une hausse des refus de dossiers de la part des banques pour cause de dépassement du taux d’usure. Il réduit aussi le bénéfice potentiel pour la banque.

Toutes les banques ne sont pas prêtes à faire une croix sur les courtiers. « Bien sûr, il y a un pincement des marges, reconnaît un dirigeant de banque. Mais il ne faut pas oublier que le crédit immobilier est plus qu’un produit d’appel : il permet d’entamer une relation bancaire plus large avec le client ».

Certains établissements sont en outre plus dépendants que d’autres des courtiers. Chez Société Générale, moins d’un quart de la production serait réalisé avec des intermédiaires.